Une autre nuit

Nue sur les draps blancs, je sens le souffle du vent caresser mon visage, mon corps tout entier. J’étends mes bras de l’autre côté du lit. Il n’est plus là. Je n’ai rien senti. Un instant, il colle ses jambes contre les miennes, pose son bras sur le mien. Un instant plus tard, il s’est évanoui. La nuit l’a emporté loin de moi. Il s’échappe toujours sur la pointe des pieds. Je ne remarque son absence qu’au réveil, quand le soleil tape à travers les carreaux, et que les ombres dansent dans la chambre, remplie de tous ces souvenirs de nous. J’aimerai qu’il s’attache un peu plus. Mais je sais qu’une autre vie l’attend.

La fenêtre reste ouverte encore un moment, le temps que je reprenne contact avec la réalité. Je la ferme doucement, sans faire de bruit, comme pour immortaliser l’instant, en attendant une autre nuit.

 

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Tendre cliché

feet

On avait dit 20h. Au lieu de l’attendre devant le restaurant, je m’étais réfugiée sous l’abri bus, il commençait à pleuvoir. Il n’y avait plus personne à cette heure-là. Il était en retard. Je me suis bien demandée ce que je faisais là à attendre un garçon avec qui j’avais discuté deux, trois fois, par écrans interposés. Il m’avait paru sympa. C’est tout. Mes copines m’avaient un peu forcé la main. Je n’y croyais pas trop. J’avais fini par me dire pourquoi pas. Je n’avais rien à perdre.

Quand il est arrivé, il s’est excusé, un peu gêné quand même. Il était mal fagoté mais il avait mis de l’après-rasage. Ca sentait bon et j’avais presque envie de me lover contre son torse, contre son pull gris, deux fois trop grand pour lui.

Dans le restaurant il faisait chaud. Je ne savais pas trop comment faire. Garder ma veste ou déposer négligemment mon étole sur mes épaules nues. Je ne savais pas quoi dire. Lui non plus. On se regardait sans oser se parler. Il était un peu timide. Ca me plaisait. Ca me changeait des dragueurs imbuvables que j’avais l’habitude de rencontrer.

Il m’a un peu parlé de lui. J’attendais mon tour. Je pensais déjà à ce que moi j’allais bien pouvoir partager. Comme quand j’étais gamine et qu’il fallait se présenter, dire son prénom et son nom, son âge et pourquoi on était là. Je n’en avais aucune idée. J’étais ailleurs quand il a dit :

–      Et toi ? Tu aimes ça ?

Le serveur m’a sauvé la mise. Je n’aurai pas su quoi répondre à cette question-là. On est passé à autre chose. J’ai commencé à parler de moi, sans trop savoir où j’allais. Il avait l’air content, un sourire un peu béat au coin des lèvres. Qu’est-ce qu’il était sexy comme ça. Si ça n’avait pas été notre premier rendez-vous, je lui aurai murmuré des mots doux, en rapprochant mon buste du sien, tout en glissant ma main dans la sienne, sur la table blanche parsemée de miettes de pain.

A l’heure de l’addition, j’étais un peu partagée. Il était plutôt gentil, beau gosse par-dessus le marché. Il n’avait aucun sens de la réparti et je me répète mais qu’est-ce qu’il était mal habillé. Je me suis demandé encore une fois comment on allait faire après, s’il allait me proposer d’aller boire un verre chez lui. Ou si c’était à moi de faire le premier pas.

–      Un petit tour pour digérer, ça te dit ?

C’était juste parfait. Je n’avais plus qu’à dire oui. On s’est baladé comme ça, sans savoir où on allait. On a regardé Paris sous la pluie. On a fini par s’abriter. On était tous les deux trempés de la tête aux pieds. Je me suis encore demandé ce que j’allais bien pouvoir faire, ce que j’allais pouvoir inventer pour lui faire comprendre que je n’avais pas envie de partir. Je sais je me pose beaucoup trop de questions. J’avais presque envie de rester là, avec la pluie autour de nous. J’avais presque envie de le connaître depuis toujours et de lui proposer là, sous la porte cochère, un baiser de cinéma. Je sais c’est un peu cliché, mais bon, qui ça dérange ces choses-là.

Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir. Il m’a embrassé. J’étais conquise.