Ces souvenirs que l’on tait

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Je l’aperçois au loin. Belle. Immortelle. Combien d’années déjà ?

Les souvenirs m’interrogent du regard. Je ne me souviens plus très bien. Je ferme les yeux. Peut-être que je peux essayer de remonter le temps, de lui faire une place ?

Elle m’invite dans son sillage. Puis me fuit. Elle me cherche. Elle me teste. Elle joue à cache-cache avec ma mémoire, avec les images d’autrefois. Il ne reste plus rien. Ma mémoire a fait le tri. Ou bien c’est moi qui refuse de remonter le cours du temps, qui refuse de me replonger dans des fous rires d’une autre époque, dans des matins brumeux, des soirées interminables, des couchers de soleil main dans la main.

Je crois que c’est moi qui tiens les souvenirs à distance pour ne pas les laisser empiéter sur aujourd’hui, pour ne pas avoir à répondre à l’unique question qui a le pouvoir de tout remettre en cause « qu’est-ce que tu as fait de ta vie ? »

Alors j’ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Je tourne les talons, avant que les rires des enfants ne m’atteignent, avant que je n’entende quelqu’un prononcer mon nom.