Ces souvenirs que l’on tait

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Je l’aperçois au loin. Belle. Immortelle. Combien d’années déjà ?

Les souvenirs m’interrogent du regard. Je ne me souviens plus très bien. Je ferme les yeux. Peut-être que je peux essayer de remonter le temps, de lui faire une place ?

Elle m’invite dans son sillage. Puis me fuit. Elle me cherche. Elle me teste. Elle joue à cache-cache avec ma mémoire, avec les images d’autrefois. Il ne reste plus rien. Ma mémoire a fait le tri. Ou bien c’est moi qui refuse de remonter le cours du temps, qui refuse de me replonger dans des fous rires d’une autre époque, dans des matins brumeux, des soirées interminables, des couchers de soleil main dans la main.

Je crois que c’est moi qui tiens les souvenirs à distance pour ne pas les laisser empiéter sur aujourd’hui, pour ne pas avoir à répondre à l’unique question qui a le pouvoir de tout remettre en cause « qu’est-ce que tu as fait de ta vie ? »

Alors j’ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Je tourne les talons, avant que les rires des enfants ne m’atteignent, avant que je n’entende quelqu’un prononcer mon nom.

Le coeur en vrac

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« Si mon histoire est commune, elle parlera à beaucoup…

Quand on parle d’amour, on se comprend instantanément.

Il était là. Et j’étais là moi aussi, à deux pas de lui. Je ne le connaissais pas et pourtant à l’intérieur de moi quelque chose s’est produit. Le cœur en vrac et le corps frémissant, j’ai tenté de comprendre ce qui m’arrivait, pourquoi tout d’un coup mes défenses s’étaient fait la malle, me laissant perdue, indiscutablement bouleversée. Il se tenait droit, face au mur, un casque sur les oreilles, d’où sortait la musique d’une chanson de Coldplay.

Je le regardais en douce, tentée de faire un pas vers lui, de provoquer le destin et apeurée à l’idée d’oser un pas vers l’inconnu. Mes entrailles étaient en feu et une boule se formait doucement à l’intérieur de mon ventre, au creux de mes reins. J’étais là, tentant de me rapprocher de lui, lui dont les yeux étaient fermés, dont le corps frémissait sous l’impulsion de paroles connues, que je commençais même à fredonner tout bas.

J’aurai aimé être plus extravertie, pouvoir tenter le tout pour le tout, lui glisser à l’oreille des mots doux, l’attirer dans mon champ de vie, lui ouvrir la porte de mes plaisirs interdits.

Il a regagné le monde. J’ai repris mes esprits. Au loin la silhouette d’une femme lui sourit dans l’ombre du jour qui prend fin.

Une autre nuit

Nue sur les draps blancs, je sens le souffle du vent caresser mon visage, mon corps tout entier. J’étends mes bras de l’autre côté du lit. Il n’est plus là. Je n’ai rien senti. Un instant, il colle ses jambes contre les miennes, pose son bras sur le mien. Un instant plus tard, il s’est évanoui. La nuit l’a emporté loin de moi. Il s’échappe toujours sur la pointe des pieds. Je ne remarque son absence qu’au réveil, quand le soleil tape à travers les carreaux, et que les ombres dansent dans la chambre, remplie de tous ces souvenirs de nous. J’aimerai qu’il s’attache un peu plus. Mais je sais qu’une autre vie l’attend.

La fenêtre reste ouverte encore un moment, le temps que je reprenne contact avec la réalité. Je la ferme doucement, sans faire de bruit, comme pour immortaliser l’instant, en attendant une autre nuit.

 

Grain de Folie!

Grain de folie

Petit grain de folie

Au milieu de ma nuit

Tu virevoltes

Et tu t’affoles

Me narguant

A l’autre bout du lit

Je hais mes insomnies

Petit grain de folie

Au beau milieu de la nuit

Tu t’égosilles

Et tu babilles

Je reste impassible

Je lis

Petit grain de folie

Dévorant mes nuits

Tu m’ensorcelles

Tu m’appelles

Tu voudrais que je fuis ce lit

Source de tant d’envies

Petit grain de folie

Laisse-moi dormir

Et sans un bruit

Laisse-moi te dire

Bonne nuit !

 

Encore et Toujours

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 Je veux voir la nuit embrasser le jour

Et ton corps en sueur épouser le mien

Au petit matin

Je veux sentir la nuit me prendre par la main

Guider mes pas dans la pénombre

Vers le reflet de ton ombre

Je veux voir la nuit s’éclipser

Et ton corps frôler le mien

En sortant du bain

Je veux sentir la nuit me tirer du lit

M’entraîner loin

De mes insomnies

Je veux voir la nuit se distinguer du jour

Et nos corps enlacés

Sous le velours

S’aimer encore et toujours

Tendre cliché

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On avait dit 20h. Au lieu de l’attendre devant le restaurant, je m’étais réfugiée sous l’abri bus, il commençait à pleuvoir. Il n’y avait plus personne à cette heure-là. Il était en retard. Je me suis bien demandée ce que je faisais là à attendre un garçon avec qui j’avais discuté deux, trois fois, par écrans interposés. Il m’avait paru sympa. C’est tout. Mes copines m’avaient un peu forcé la main. Je n’y croyais pas trop. J’avais fini par me dire pourquoi pas. Je n’avais rien à perdre.

Quand il est arrivé, il s’est excusé, un peu gêné quand même. Il était mal fagoté mais il avait mis de l’après-rasage. Ca sentait bon et j’avais presque envie de me lover contre son torse, contre son pull gris, deux fois trop grand pour lui.

Dans le restaurant il faisait chaud. Je ne savais pas trop comment faire. Garder ma veste ou déposer négligemment mon étole sur mes épaules nues. Je ne savais pas quoi dire. Lui non plus. On se regardait sans oser se parler. Il était un peu timide. Ca me plaisait. Ca me changeait des dragueurs imbuvables que j’avais l’habitude de rencontrer.

Il m’a un peu parlé de lui. J’attendais mon tour. Je pensais déjà à ce que moi j’allais bien pouvoir partager. Comme quand j’étais gamine et qu’il fallait se présenter, dire son prénom et son nom, son âge et pourquoi on était là. Je n’en avais aucune idée. J’étais ailleurs quand il a dit :

–      Et toi ? Tu aimes ça ?

Le serveur m’a sauvé la mise. Je n’aurai pas su quoi répondre à cette question-là. On est passé à autre chose. J’ai commencé à parler de moi, sans trop savoir où j’allais. Il avait l’air content, un sourire un peu béat au coin des lèvres. Qu’est-ce qu’il était sexy comme ça. Si ça n’avait pas été notre premier rendez-vous, je lui aurai murmuré des mots doux, en rapprochant mon buste du sien, tout en glissant ma main dans la sienne, sur la table blanche parsemée de miettes de pain.

A l’heure de l’addition, j’étais un peu partagée. Il était plutôt gentil, beau gosse par-dessus le marché. Il n’avait aucun sens de la réparti et je me répète mais qu’est-ce qu’il était mal habillé. Je me suis demandé encore une fois comment on allait faire après, s’il allait me proposer d’aller boire un verre chez lui. Ou si c’était à moi de faire le premier pas.

–      Un petit tour pour digérer, ça te dit ?

C’était juste parfait. Je n’avais plus qu’à dire oui. On s’est baladé comme ça, sans savoir où on allait. On a regardé Paris sous la pluie. On a fini par s’abriter. On était tous les deux trempés de la tête aux pieds. Je me suis encore demandé ce que j’allais bien pouvoir faire, ce que j’allais pouvoir inventer pour lui faire comprendre que je n’avais pas envie de partir. Je sais je me pose beaucoup trop de questions. J’avais presque envie de rester là, avec la pluie autour de nous. J’avais presque envie de le connaître depuis toujours et de lui proposer là, sous la porte cochère, un baiser de cinéma. Je sais c’est un peu cliché, mais bon, qui ça dérange ces choses-là.

Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir. Il m’a embrassé. J’étais conquise.

Jeu de doigts

main dans la main

 Nos doigts s’entrelacent

Avant de se connaître

Ils s’apprivoisent

Avant de se toucher

Ils se rapprochent

Autour d’une tasse de café

Et l’odeur âcre

De la boisson sucrée

Nous donne envie

De nous éloigner

De nous rapprocher

***

Nos doigts se cherchent

Avant de se trouver

Ils s’attachent

Avant de s’attarder

Ils se frôlent

Sur la courbe de nos hanches

Sur le bout de nos phalanges

Ils se mélangent

Autour d’un drap

Dans le creux de nos bras

La vie vaut mieux que ça

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On se fait souvent des idées sur la vie

Des idées sur tout et sur chacun

Des idées qu’on se passe

Et qui ne valent rien

On se fait souvent des idées sur la vie

On dessine des principes en tous genres

Et de belles folies

Qui ne servent à rien

On se fait souvent des idées sur la vie

On s’écorche,

On se cherche,

Et on ne comprend rien à rien

Il faut dire que la vie vaut mieux que ça

Tous ces principes érigés

En valeurs absolues

Toutes ces valeurs relayées

En principes incongrus

Ne sont que du vent

Au creux de tes mains

Ecrit par Marie Kléber, vous pouvez la retrouvez sur son blog: L’Atmosphérique Marie Kléber