Le coeur en vrac

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« Si mon histoire est commune, elle parlera à beaucoup…

Quand on parle d’amour, on se comprend instantanément.

Il était là. Et j’étais là moi aussi, à deux pas de lui. Je ne le connaissais pas et pourtant à l’intérieur de moi quelque chose s’est produit. Le cœur en vrac et le corps frémissant, j’ai tenté de comprendre ce qui m’arrivait, pourquoi tout d’un coup mes défenses s’étaient fait la malle, me laissant perdue, indiscutablement bouleversée. Il se tenait droit, face au mur, un casque sur les oreilles, d’où sortait la musique d’une chanson de Coldplay.

Je le regardais en douce, tentée de faire un pas vers lui, de provoquer le destin et apeurée à l’idée d’oser un pas vers l’inconnu. Mes entrailles étaient en feu et une boule se formait doucement à l’intérieur de mon ventre, au creux de mes reins. J’étais là, tentant de me rapprocher de lui, lui dont les yeux étaient fermés, dont le corps frémissait sous l’impulsion de paroles connues, que je commençais même à fredonner tout bas.

J’aurai aimé être plus extravertie, pouvoir tenter le tout pour le tout, lui glisser à l’oreille des mots doux, l’attirer dans mon champ de vie, lui ouvrir la porte de mes plaisirs interdits.

Il a regagné le monde. J’ai repris mes esprits. Au loin la silhouette d’une femme lui sourit dans l’ombre du jour qui prend fin.

Tendre cliché

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On avait dit 20h. Au lieu de l’attendre devant le restaurant, je m’étais réfugiée sous l’abri bus, il commençait à pleuvoir. Il n’y avait plus personne à cette heure-là. Il était en retard. Je me suis bien demandée ce que je faisais là à attendre un garçon avec qui j’avais discuté deux, trois fois, par écrans interposés. Il m’avait paru sympa. C’est tout. Mes copines m’avaient un peu forcé la main. Je n’y croyais pas trop. J’avais fini par me dire pourquoi pas. Je n’avais rien à perdre.

Quand il est arrivé, il s’est excusé, un peu gêné quand même. Il était mal fagoté mais il avait mis de l’après-rasage. Ca sentait bon et j’avais presque envie de me lover contre son torse, contre son pull gris, deux fois trop grand pour lui.

Dans le restaurant il faisait chaud. Je ne savais pas trop comment faire. Garder ma veste ou déposer négligemment mon étole sur mes épaules nues. Je ne savais pas quoi dire. Lui non plus. On se regardait sans oser se parler. Il était un peu timide. Ca me plaisait. Ca me changeait des dragueurs imbuvables que j’avais l’habitude de rencontrer.

Il m’a un peu parlé de lui. J’attendais mon tour. Je pensais déjà à ce que moi j’allais bien pouvoir partager. Comme quand j’étais gamine et qu’il fallait se présenter, dire son prénom et son nom, son âge et pourquoi on était là. Je n’en avais aucune idée. J’étais ailleurs quand il a dit :

–      Et toi ? Tu aimes ça ?

Le serveur m’a sauvé la mise. Je n’aurai pas su quoi répondre à cette question-là. On est passé à autre chose. J’ai commencé à parler de moi, sans trop savoir où j’allais. Il avait l’air content, un sourire un peu béat au coin des lèvres. Qu’est-ce qu’il était sexy comme ça. Si ça n’avait pas été notre premier rendez-vous, je lui aurai murmuré des mots doux, en rapprochant mon buste du sien, tout en glissant ma main dans la sienne, sur la table blanche parsemée de miettes de pain.

A l’heure de l’addition, j’étais un peu partagée. Il était plutôt gentil, beau gosse par-dessus le marché. Il n’avait aucun sens de la réparti et je me répète mais qu’est-ce qu’il était mal habillé. Je me suis demandé encore une fois comment on allait faire après, s’il allait me proposer d’aller boire un verre chez lui. Ou si c’était à moi de faire le premier pas.

–      Un petit tour pour digérer, ça te dit ?

C’était juste parfait. Je n’avais plus qu’à dire oui. On s’est baladé comme ça, sans savoir où on allait. On a regardé Paris sous la pluie. On a fini par s’abriter. On était tous les deux trempés de la tête aux pieds. Je me suis encore demandé ce que j’allais bien pouvoir faire, ce que j’allais pouvoir inventer pour lui faire comprendre que je n’avais pas envie de partir. Je sais je me pose beaucoup trop de questions. J’avais presque envie de rester là, avec la pluie autour de nous. J’avais presque envie de le connaître depuis toujours et de lui proposer là, sous la porte cochère, un baiser de cinéma. Je sais c’est un peu cliché, mais bon, qui ça dérange ces choses-là.

Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir. Il m’a embrassé. J’étais conquise.